Très cher Henri Cartier-Bresson

Très cher Henri,

Je suis allé voir vos œuvres à la maison européenne de la photographie. Je suis soudain devenu nostalgique du Paris de votre époque. En rentrant chez moi, je suis tombé sur une de vos photos malheureusement absente de l’exposition. Vous vous souvenez, celle du petit garçon dans la rue Mouffetard tout fier de porter deux bouteilles de vins.

Le quartier a bien changé depuis.

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On ne croise plus de gamins en short et en sandales avec des bouteilles de rouge sans étiquette sous les bras. La rue

Mouffetard a eu une vie mouvementée depuis ces 80 dernières années. A l’époque où vous l’avez connue, cette rue populaire accueillait les puces ; elle est devenue un quartier glauque et insalubre dans les années 1970. Des rats gros comme le bras couraient dans les rues. Une vaste opération de rénovation a eu lieu depuis.

Le quartier s’est embourgeoisé. C’est devenu un quartier où mêmes ce que nous appelons les «bobos» n’ont pas les moyens d’habiter. Les prix se sont envolés. Selon les notaires, c’est 8.580 le m² dans le 5e arrondissement, vous vous rendez compte! Les familles ont dû quitter le quartier. Il n’y a plus beaucoup d’enfants dans la rue.

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D’ailleurs les commerçants s’en plaignent: «Les personnes agées, ça grignotte», me disait tout à l’heure une fromagère. Les appartements alentours sont trop petits pour des familles. «Et les jeunes de 20/ 30 ans ne mangent comme des personnes de 30/50 ans», se plaignait-elle en expliquant que son magasin était délaissé.

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Mais je vous dresse un portrait trop noir je pense. La rue Mouffetard est une rue encore très vivante grâce au dévouement de quelques bénévoles. Lors de la dernière coupe du monde de rugby, ils avaient installé un drapeau de chaque nation participante. C’était beau! Mais un riverain est venu se plaindre à la vice présidente de l’association des commerçants. «J’ai payé mon appartement très cher et je me retrouve à la foire du trône

Les derniers amoureux du quartier font tout leur possible pour conserver l’esprit village si rare à Paris avec une petite rue pavée, des commerçants qui sont encore des artisans. Notamment dans le bas de la rue. On n’envoie plus les enfants acheter des bouteilles — la loi interdit de vendre du vin aux mineurs maintenant — mais il y a toujours du vin, et des cavistes.

Et les clients ont leurs petites habitudes, comme Raymonde qui vient depuis 40 ans chez le même boucher. Elle vient de la place d’Italie jusqu’ici parce que malgré les changements de propriétaire « la viande reste très bonne« .

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C’est cet esprit village qui attire et qui fait que cette rue est devenue à la mode. Elle fait authentique. Mais une authenticité voulue, travaillée et donc un peu artificielle. Et de nouveaux changements se profilent à l’horizon. La plupart des boutiques mises en vente sont rachetées par des commerçants d’origine chinoise. Cela ajoute au côté cosmopolite du quartier. Entre les étudiants des lycées alentours, les habitants et les touristes, beaucoup de cultures se croisent. Les commerçants parlent anglais maintenant.

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Mais ce sont peut être les enfants qui ont le plus changé. Les petits garçons ne vont plus faire les courses pour leurs parents tout seul.

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Je m’arrête là. Je me rends bien compte que je radote. Si vous repassez par Paris allez tout de même faire un tour rue Mouffetard. Le 17 mai, il y aura un vide grenier.

Bien à vous Henri.

Aurélie Erhel et Olivier Monod

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