«La politesse à la française donne une place importante à la femme»

Geneviève d’Angenstein a créé l’Ecole française de la courtoisie fin 2007. Dans un appartement richement décoré faisant face au Sénat et au jardin du Luxembourg, elle enseigne « les bonnes manières aux gens qui veulent se hisser socialement ». Interview.

Pourquoi avoir fondé l’Ecole française de la courtoisie?
Grâce à ma famille, j’ai eu dès l’enfance cette sensibilisation aux bonnes manières. J’ai étudié à l’université l’archéologie et l’anthropologie, car je m’intéresse beaucoup aux rituels, aux codes et aux relations inter culturelles. J’ai passé une grande partie de ma vie à l’étranger dans le milieu diplomatique: Washington, l’Inde, l’Autriche, le Moyen-Orient, les pays slaves… Quand je suis revenue en France, il était trop tard pour que je reprenne des études ou commence à travailler. J’ai donc créé cette école pour enseigner les rites de la politesse à la française que je connais bien. Elle est reconnue dans le monde entier et sa particularité est de donner beaucoup d’importance à la femme. C’est une politesse égalitariste.

Quel est le contenu de vos cours?
Ils se divisent en trois parties: la vie professionnelle avec les diners d’affaires, les entretiens, le protocole, les voyages à l’étranger. La vie sociale comprend l’art de la réception, l’art de la table, la conversation, la galanterie. Enfin j’enseigne une partie sur l’art de vivre à la française où je collabore avec un oenologue, j’organise des visites de grands couturiers, ou j’invite des personnalités littéraires pour un dîner ou une conférence.

Quel est le profil de votre clientèle?
J’ai bien sûr beaucoup d’étrangers. Mais avec la crise, leur nombre tend à diminuer, au profit des clients français. C’est un secteur très réactif. J’ai même des chômeurs qui viennent me voir pour préparer un entretien. Après tout, entre deux bons candidats, celui qui fera la différence est celui qui aura eu le meilleur maintien et de bonnes manières. Beaucoup de gens cultivés ne savent pas du tout se tenir à table, ou bien perdent totalement leurs moyens. Au début, j’avais beaucoup d’Américains, de Japonais, de riches Russes. Ils demandent généralement des cours sur l’art de vivre à la française. Mais la crise est arrivée avant que ma clientèle ne se stabilise, ce qui a mis quelques-uns de mes projets en réserve.

Y a-t-il des enfants ou des adolescents qui suivent vos cours?
Je n’en ai pas beaucoup, même si je leur propose des choses plus ludiques qu’aux adultes. Mais j’ai le projet d’aller en banlieues, de travailler avec des conseils généraux pour faire des interventions dans des collèges.

Pourquoi ce projet? Vous avez l’impression que la politesse se perd chez les générations plus jeunes?
Je pense que dans beaucoup de cas, les parents ont vécu mai 1968. Je ne remets pas en cause l’héritage mais aujourd’hui ils ont capitulé, ils sont fatigués. Il y a aussi de plus en plus de familles monoparentales. Tout cela fait que les parents ont aujourd’hui peurs d’être fermes. Or les enfants ont besoin de limites. Je ne leur apprends pas bien sûr la politesse comme dans les salons, mais seulement certaines règles. De plus, en banlieue, je trouve qu’il y a souvent un problème avec la façon dont les jeunes voient la femme.

Êtes-vous sûre que certains de vos cours, comme l’art de la conversation, la galanterie, sont encore utiles aujourd’hui?
Bien sûr. Certains hommes ne savent pas, ou plus, comment réagir face à une femme. Ils en font trop ou pas assez. Au delà, il s’agit de la façon dont l’homme voit la femme. J’enseigne donc ce qui se fait: dans la rue il faut que l’homme marche du côté des voitures pour protéger la femme. Dans un restaurant, la coutume veut que l’homme rentre le premier dans un établissement et vérifie que l’endroit est bien fréquenté et convenable pour la femme. Il faut aussi à table qu’il se place face au mur et la femme face à la salle, ce qui lui permet d’apprécier la vue des gens.

Mais tout cela est dépassé, plus personne ne le fait…
Justement, c’est en train de revenir! Avec notamment le tout féminisme ou bien le fondamentalisme religieux et autres modèles rétrogrades pour la femme, les gens sont perdus et n’ont plus la culture de la politesse ni de la galanterie. Ils ressentent le besoin de venir me voir car la politesse redonne confiance en soi. De plus en plus de femmes aussi viennent: elles sont ambitieuses, et au cours de leur carrière elles sont amenées à rencontrer une clientèle aisée, elles veulent donc en connaître les codes. Je les aide aussi à mieux se mettre en valeur.

Hélène Franchineau.

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Classé dans Culture, Société

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