Hadopi: pirates, en garde!

hadopi

Avec seulement 25 députés présents dans l’hémicycle jeudi à 23 heures, c’est presque à la sauvette que le projet de loi « Création et Internet », ou loi « Hadopi » a été voté à ‘Assemblée nationale.  Le texte,  qui devrait être définitivement adopté par le Parlement le 9 avril, entend répondre au téléchargement illégal par une « riposte graduée » : l’internaute inculpé recevra, en guise de première semonce, un e-mail d’avertissemment. S’il s’obstine, ce sera une lettre recommandée. En dernière instance, l’Hadopi (Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des Droits sur Internet, instituée par le texte) sera compétente pour suspendre la connexion au Net, pour une durée de deux mois à un an.

Nous sommes partis sur le terrain recueillir les témoignages autour de plusieurs magasins culturels du quartier latin. Cette loi va-t-elle  pousser les téléchargeurs à modifier leur comportement? La loi Hadopi sera-t-elle vraiment efficace?

Georges, graphiste croisé près de la Fnac multimédia du boulevard Saint-Germain, est là pour acheter un ordinateur à son petit Frédéric, 13 ans. 400 giga, un bon processeur… Il va télécharger sec, le fiston, non? « Ah bon ? ». Le téléchargement, Georges y a un peu touché lui aussi, mais désormais il se sert surtout de son ordinateur pour numériser ses propres disques et DVD, qu’il a achetés.

Frédéric, lui, reconnaît bien volontiers qu’il télécharge de la musique illégalement. Et qu’il ne compte pas s’arrêter. Ce sont ses copains qui le conseillent sur la musique à télécharger. Et si on te suspend ta connexion, petit Frédéric ? « C’est pas grave, je m’en remettrai une autre ».

Georges promet qu’il fera attention à « responsabiliser » Frédéric. La loi Hadopi lui semble justifiée, mais inefficace: la technique, affirme-t-il, va plus vite que la loi. Tout le monde télécharge, devra-t-on sanctionner tout le monde?

Germain, 19 ans, sort du magasin Boulinier lorsque nous l’abordons pour avoir son avis sur la loi Hadopi. Oui, il télécharge. Mais par torrents, le peer-to-peer c’est dépassé. Hadopi, ça lui fait peur? Oui et non. Au premier mail d’avertissement, promis, il arrête. Mais il ne se sent pas visé par la suspension de connexion, lui qui ne télécharge que un ou deux films par mois. Mais il dénonce cette mesure, qui lui semble « liberticide ». Un ami qui téléchargeait 10 films par jour a reçu le fameux mail d’avertissement.

Télécharger légalement, c’est, pour Germain, trop cher. A vingt centimes le morceau, il pourrait peut-être se le permettre.  Il avoue bien quelques problèmes de conscience, qu’il conjure en rappelant que sur un disque, l’artiste touche un euro, le reste allant aux majors.

La loi ne vaudra que pour les « bouffons », déclare l’étudiant. Les pirates trouveront toujours un moyen de la contourner. La solution? Elle passe, selon lui, par une réforme des droits d’auteurs, et la généralisation du streaming.

Marc, vendeur chez Disc King, rue de l’Ancienne Comédie, dans le 6ème, ne redoute pas les effets de la

hadopifds

loi Hadopi. Ses DVD à 5 euros se vendent plutôt bien, la clientèle est fidèle, même s’il a enregistré une baisse de régime depuis deux ans. «Le boom du DVD, était 2000-2007, depuis, le téléchargement est passé par là, mais il handicape surtout les sorties récentes, nous vendons des films plus anciens».

Le domaine qui l’inquiète vraiment, c’est la musique. «L’avenir du CD est plutôt sombre. Avant, sur tous les étals on exhibait les Cd à 3 euros 80. Le DVD, c’était de l’appoint. Aujourd’hui,  c’est le contraire, la musique représente moins de 20% de nos ventes». La faute à Deezer et à l’offre légale de musique en ligne.

Séverine travaille dans l’édition et se définit comme une «petite consommatrice de DVD». Pour la musique, elle a recours au streaming.  Et pour les films, les nouveautés, elle va les voir au cinéma. Quant aux films plus anciens, elle les achète à partir de 5 euros  chez Disc King. Hadopi, ça ne la concerne pas vraiment. Ses amis non plus. Pourtant, eux, téléchargent. Séverine, elle, en profite seulement. «Les soirées films entre potes ont encore de beaux jours devant eux», assure-t-elle.

Ses amis «téléchargeurs», des garçons surtout, n’ont pas l’air de craindre la nouvelle loi. Elodie, trentenaire et relieuse, assure ne pas être «dans cet esprit là», quite à consacrer un budget à ses achats culturels. Au rayon musique, la clientèle est plus âgée et le téléchargement est loin d’occuper les discussions. Le vote d’Hadopi la nuit dernière? La plupart des clients ne sont même pas au courant.

Benjamin, vendeur à la FNAC digitale, rayon Hi-Fi, 29 ans:  «Je télécharge beaucoup: films, musique, mangas, jeux vidéo. J’utilise le Peer-to-peer parce qu’il y a plus de choix pour ceux qui sont sortis il y a longtemps. Il va y avoir un coup d’arrêt avec cette loi, de toute façon, il y a déjà de moins en moins de monde sur les serveurs».

La loi, il la trouve absurde: «Hadopi me rappelle une loi anglaise du XIXème siècle voulue par les entreprises de diligences menacées par l’arrivée du train. Cette loi, la «locomotive act» obligeait chaque locomotive à rouler derrière une diligence, afin de ne pas créer un trop grand écart de temps entre les différents moyens de transport». De toute façon, «la loi est inutile parce qu’elle va entraîner des migrations vers d’autres plates-formes».

Benjamin prédit un gros problème avec la riposte graduée:«les  téléchargeurs ne vont pas recevoir les mails d’avertissement avant la suspension de leur connexion car la loi prévoit de les envoyer sur les boîtes mails des fournisseurs d’accès. Or, plus personne ne les consulte, tout le monde est passé sur gmail ou hotmail. Cette loi est juridiquement attaquable et injuste, ce n’est pas elle qui arrêtera le téléchargement».

Finalement, la faute est peut-être à chercher du côté des artistes eux-mêmes, et des majors: «La crise s’explique aussi richard-yingpar la baisse de la qualité de ce qui sort. Quand j’écoute la radio, je suis consterné. Le téléchargement permet une meilleure diffusion de la culture et constitue un excellent moyen pour les artistes de se faire connaître», conclut-il.

Avec ses CDs de musique classique sous le bras, André, professeur de philosophie de 53 ans, confie sans honte sa résistance à la technologie. A son domicile, pas de portable ni d’ordinateur. Il n’est pas pour autant hostile au téléchargement. «Avec tout ce que les majors se mettent dans la poche!», dit-il en riant. La loi Hadopi? Il la trouve liberticide, et ne voit pas d’avenir en la solution du téléchargement légal. «Il faut trouver un juste milieu entre  les droits d’auteurs, qui sont nécessaires, et le téléchargement», conclut-il.

Pierre, 39 ans, travaille dans la communication. Il est par principe contre le téléchargement illégal. «Des artistes ont travaillé, il est normal de les rémunérer en achetant leurs oeuvres. La riposte graduée me fait un peu peur oui, c’est comme une épée de Damoclès pour ceux qui téléchargent illégalement. Surtout que de nos jours, on ne peut rien faire sans Internet!»

Pierre pense cependant qu’il reste des points à clarifier dans cette loi Hadopi. Exemples: «Si l’on coupe internet, ça risque de couper le téléphone et la télévision! Que fait-on dans les zones rurales où souvent l’accès à internet est vital? Je trouve quand même que couper l’accès à internet est une réponse un peu forte… On peut trouver une réponse mieux appropriée.» Pierre comprend en outre que certains jeunes téléchargent illégalement, car le prix d’un CD, d’une place de cinéma ont beaucoup augmenté, dit-il.

«Le téléchargement est une sorte de vol, mais je comprends les jeunes qui le font», affirme Amélie, professeur de 30 ans. La question la rend perplexe, d’autant plus qu’entre interdire et tolérer, son cœur balance. «Il s’agit d’une pratique qui est une condamnation à long terme de l’industrie du cinéma et du disque, remarque-t-elle. On voit déjà un manque de motivation des artistes dans la production, il y a un manque de confiance».

Amélie est d’avis que la loi Hadopi est une  bonne chose, même si la réelle interrogation est de savoir si la loi aura les moyens de son application. «Une uniformisation européenne est peut-être à espérer», résume la jeune femme.

L’équipe de Quartierlatin.wordpress.com

Publicités

1 commentaire

Classé dans Culture, Politique, Société

Une réponse à “Hadopi: pirates, en garde!

  1. Salut les jeunes
    Vous auriez pu corriger un gars quand il dit « Mais par torrents, le peer-to-peer c’est dépassé. »
    Il voulait sans doute parler des téléchargements directs style rapidshare parceque P2P et torrent… c’est un peu pareil…
    D’ailleurs une vidéo amusante sur ce sujet
    http://www.pcinpact.com/actu/news/49757-p2p-bittorrent-hebdo-cinema-reponses.htm

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s