Sciences po peine à mobiliser contre la LRU

Sciences po va-t-il rejoindre le mouvement ? L’établissement de la rue Saint-Guillaume a vécu une semaine agitée, qui a vu le mouvement de protestation étudiant contre la loi de réforme de l’université (LRU) s’inviter dans ses murs ce mardi, puis une assemblée générale voter, jeudi, le principe d’un piquet de grève et d’une occupation de nuit.

Jusqu’à présent, le mouvement étudiant n’avait eu que de faibles répercussions à Sciences po. Un comité de mobilisation a pourtant bien été formé dans l’établissement, autour des syndicats SUD et UNEF, mais comprenant aussi des étudiants non syndiqués. Et des délégués ont été envoyés aux coordinations étudiantes, qui définissent des positions et propositions d’action communes à l’échelle nationale. Mais, contrairement à l’autre grande institution du quartier latin, la Sorbonne récemment occupée, la contestation ne s’était pas encore invitée au sein même de l’établissement. C’est chose faite depuis mardi soir, quand entre 150 et 200 étudiants et professeurs de l’université Paris VIII ont pénétré dans l’établissement pour l’occuper durant trois heures.

Sciences po occupé

Déjouant la surveillance des contrôles renforcés établis à l’entrée du bâtiment de la rue Saint-Guillaume (et assurés, comme à la Sorbonne, par une société de sécurité privée), les manifestants avaient l’intention d’occuper le grand amphithéâtre de l’établissement pour y donner un cours alternatif sur les inégalités entre universités et comment elles seraient, selon eux, renforcés par la LRU. Dans le même temps, une banderole était déployée sur la façade de l’établissement, où l’on pouvait lire «Gouverner, exploiter, privatiser: c’est ici que ça s’apprend, là où le savoir est au service du pouvoir ». Il s’agissait, selon les manifestants, de dénoncer un modèle Sciences po fondé sur la séléction sociale (via des taux d’admissions restreints et des frais de scolarité élevés), un enseignement formaté et la « reproduction sociale » des élites.

La tentative a cependant tourné court: tandis qu’une Assemblée générale appelle les étudiants de Sciences po à rejoindre la mobilisation anti-LRU, certains de ceux-ci s’indignent de ce qu’ils perçoivent comme une action illégitime et anti-démocratique. Evacués sur le trottoir de la rue Saint-Guillaume, les étudiants manifestent, pour la majorité, leur opposition à cette occupation, quelques uns seulement la soutenant de la voix. La banderole est décrochée par les anti-blocage, puis raccrochée par les occupants, des invectives sont lancées, alors que les gendarmes mobiles arrivent sur les lieux. Les manifestants quittent finalement le bâtiment dans le calme, vers 20h30. L’occupation a été condamnée par tous les syndicats étudiants, à l’exception de SUD. L’évènement aura surtout révélé la coupure entre des étudiants mobilisés, dont l’intention déclarée était d’établir un dialogue sur la LRU et, au-delà, sur les inégalités entre universités, et la grande majorité des étudiants de Sciences po, non impliqués dans le mouvement et ne souhaitant manifestement pas y avoir affaire. Une opposition qui s’est notamment révélée dans les slogans lancés de part et d’autre: «Elitistes» et «Fils de bourges»d’un côté, «On paiera votre RMI» et même un (certes ironique) «Vive le roy!» de l’autre.

Assemblée générale

Malgré le retentissement de cet évènement au sein de Sciences po, ils n’étaient guère plus d’une centaine d’étudiants à assister à l’Assemblée générale tenue jeudi. Parmi les syndicats étudiants, seuls SUD-Etudiant et l’UNEF y étaient représentés, les autres syndicats ne s’étaient pas déplacés, ou seulement à titre d’observateurs, à l’instar de l’UNI (droite) qui ne reconnait pas l’AG comme instance de décision légitime. L’assemblée a abouti aux votes de plusieurs actions pour les jours à venir, et notamment d’une occupation nocturne de Sciences po, qui devrait avoir lieu dans les premiers jours de la semaine prochaine. Ont également été voté le principe d’un piquet de grève, un sit-in et la mise en place un barrage filtrant à l’entrée de l’établissement. Ces mesures, soutenues par SUD, n’ont pas reçu le soutien de l’UNEF qui les juge trop radicales. Les deux syndicats, qui participent ensemble au comité de mobilisation, s’opposent donc sur les actions à mener.

Opposition d’une majorité d’étudiants à toute importation du mouvement à Sciences po, et du syndicat étudiant majoritaire aux actions les plus radicales : ces données, habituelles à Sciences po lors des mobilisations étudiantes,ne laissent que peu de chance à l’actuel mouvement d’atteindre une intensité semblable à celle que connaissent certaines universités parisiennes.

Dès l’AG terminée, un cortège d’environ 80 étudiants de Sciences po s’est mis en marche pour rejoindre la manifestation. En milieu d’après-midi, on apprenait que tous les bâtiments de Sciences po avaient été évacués et fermés, la direction ayant été prévenue par la préfecture de police que l’établissement pourrait être la cible de certains groupes de manifestants. A défaut d’être un acteur du mouvement étudiant, Sciences po reste donc un symbole à prendre.

Les étudiants de Sciences po évacués le 19 mars

Les étudiants de Sciences po évacués le 19 mars

Dominique Albertini

Advertisements

1 commentaire

Classé dans Politique, Société

Une réponse à “Sciences po peine à mobiliser contre la LRU

  1. Pingback: Débat : pour ou contre le blocage des universités ? « Le Latin de Paris

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s