Panique à Sciences Po

Une haie de gendarmes devant Sciences Po. Du rarement vu. Il aura fallu qu’une centaine d’étudiants d’universités de la région parisienne envahissent l’amphithéâtre principal pour que neuf cars de gendarmetie investissent la rue de Grenelle.

Mardi en fin d’après-midi, des étudiants, notamment de Paris III, Paris VIII, Paris XII et de l’ENS, font irruption dans l’amphithéâtre principal où Olivier Duhamel donne son cours d’Institutions Politiques. Comme le racontent Louis Moulin et Nidal Jounaidi, celui-ci leur propose d’organiser un débat de vingt minutes. En vain. Malgré tout, la discussion s’engage sur les réformes de l’enseignement supérieur.

Bientôt, la confusion s’installe. Les salles de cours sont vidées et les lourdes portes d’entrée refermées sur les manifestants, des étudiants de Sciences Po et quelques membres de l’administration dont la directrice adjointe Nadia Marik. Les gendarmes arrivent et forment un cordon de sécurité devant les portes.

Dans la rue Saint-Guillaume, les élèves déboutés battent le pavé en attendant que le dénouement du bloquage. Certains vont chercher une bière, au café voisin, pour passer le temps. Sous les bravos et les huées, une poignée d’étudiants décroche la banderole orange accrochée un peu plus tôt sur la façade. On pouvait lire : « Gouvernez, exploitez, privatisez, c’est ici que cela s’apprend, le savoir au service du pouvoir ».

La tension monte entre ceux qui soutiennent le mouvement, rejoints par des étudiants d’universités extérieures et ceux qui s’impatientent. « Rentrez dans le XVIème », lancent les uns. « Rentrez à la Sorbonne », répondent les autres. Cécile Sitbon, en licence de Lettres à Paris III, est venue soutenir ses amis bloqueurs. « Je me bats contre la LRU » dit-elle. Sciences Po n’a pas été ciblé au hasard, bien sûr. « Un des problèmes qu’il peut y avoir c’est la différence entre les écoles et les universités, » précise-t-elle.

Vers 20h00, le cordon de CRS se desserre. Les manifestants apparaissent dans l’embrasure de la porte, devant une banderole. L’un deux s’avance et déclame le texte qu’il a rédigé avec ses camarades. Celui-ci  dénonce pêle-mêle Sciences Po, une école qui « pérennise la bureaucratie d’Etat et la technocratie marchande », les réformes de l’université et même le processus de Bologne, qui a harmonisé le système universitaire européen autour de la licence, du master et du doctorat.

Malgré la mobilisation contre ces réformes, « on nous écoute pas », explique Pierre, un des bloqueurs, étudiant en Staps à Paris XII. Et d’ajouter : « On a donc décidé de passer à des moyens de lutte alternatifs et d’occuper des lieux de pouvoirs comme Sciences Po ». Il se définit lui-même comme « libertaire », pour « une réforme générale de la société », et explique que divers mouvements de gauche se sont joints au mouvement.

Qui l’a organisé ? D’après Pierre, c’est le « Comité de Mobilisation » de Sciences Po contre les réformes de l’université. « Ils ont ramené du monde des autres facs ».

« Absolument pas », réplique Samuel André Bercovici, un des membres du Comité et militant de Sud, qui est resté négocier à l’intérieur de l’IEP avec les manifestants. « J’ai été pris par surprise, le comité de mobilisation comme les autres organisations syndicales ». Selon lui, si les manifestants ont été « invités » à Sciences Po, il s’agit d’une initiative individuelle.

Une AG était organisée jeudi matin par les syndicats pour débattre des évènements.

Solenn Poullennec

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Classé dans Politique, Société

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