69 rue de Sèvres: chronique d’une galère pour huit étudiants

la conférence de presse des squatteurs du 69 rue de Sèvres

la conférence de presse des squatteurs du 69 rue de Sèvres

L’officine du rez-de-chaussée accueille toujours des expositions photo. C’est par cette entrée dérobée que les élus locaux, journalistes ou simples curieux pénètrent dans l’immeuble et grimpent les 4 étages qui mènent au grand salon où se tient la conférence de presse. Ils sont tous là à nous accueillir, réunis autour d’une table. Leur avocate, Me Florence Diffre , est en retard. Bienvenue au 69 rue de Sèvres, face au Bon Marché, théâtre d’un imbroglio social, politique et légal entre 8 étudiants squatteurs en mal de logement et une propriétaire invisible.Tout a commencé il y a un an. « Des étudiants repèrent cet immeuble inoccupé de 250 m2, rue de Sèvres, et s’y installent après s’être attelés aux travaux de rénovation. Plomberie, peinture, meubles et téléphone :  tout était à refaire.

L’immeuble est vacant depuis dix ans ;  la pharmacie qui occupe le rez-de-chaussée depuis sept ans. La propriétaire, domiciliée en Belgique, refuse de vendre sans pour autant donner d’explication. A la mairie du VIe, l’affaire embarrasse depuis longtemps, car un immeuble vide, ce sont des logements en moins, surtout pour un arrondissement qui compte seulement 2% de logements sociaux.

La Ville a tenté de contacter la propriétaire, mais sans succès. Personne ne sait pourquoi elle laisse son immeuble inoccupé, ni pourquoi elle refuse obstinément de vendre ou d’accepter le loyer de 300 euros que chacun des huit squatteurs se propose de payer » selon un article paru sur le site Rue 89.

La propriétaire, Mme Quéru, qui est toujours injoignable, assigne tout le monde en justice l’été dernier et par un jugement rendu le 19 août obtient que les jeunes, qui ont proposé de partir ou payer un loyer contre l’abandon des poursuites, soient condamnés par le tribunal d’instance du VIème arrondissement à l’expulsion et à une amende de 6000 euros par mois, soit plus de 50 000 euros aujourd’hui.

Le plaidoyer

Ils ont pourtant fait tous les travaux nécessaires dans l’immeuble pour le rendre habitable. Inoccupé depuis 10 ans, il est une épine dans le pied de la mairie du 6ème: son emplacement est idéal, mais sa façade décrépie barrée d’une enseigne « pharmacie » éteinte jure avec le clinquant des vitrines de son voisin Le Bon Marché. Mais la mairie ne peut rien faire tant que Mme Quéru ne veut pas vendre l’immeuble. Selon Romain Lévy , conseiller municipal socialiste et présent à la conférence de presse, « rien ne peut se faire sans l’accord de la propriétaire. La mairie s’est manifestée pour acheter l’immeuble et faire du logement social. Si la propriétaire veut vendre, la ville peut le préempter. »Équilibre difficile, entre un squat qui reste illégal et une propriétaire qui laisse son bien immobilier se détériorer en refusant qu’il soit occupé.

La décision a été confirmée par la cour d’appel en février. Selon un communiqué du 9 mars de l’association Jeudi Noir, qui milite contre le mal logement et soutient les 8 squatteurs, leurs comptes bancaires ont été saisis en attendant de réunir ces 50 000 euros. La trêve hivernale finit le 15 mars, ils sont également menacés d’expulsion.

Mobilisation

L’appel à la conférence de presse a en tout cas fait mouche. Des radios nationales sont là. Des élus verts, PS, des militants contre le mal logement sont également venus. Après les discours, tout le monde se retrouve autour d’un verre. Jean Marc, un des squatteurs , est étudiant en journalisme. Il salue le soutien que la ville de Paris apporte à leur cause.  Selon lui elle a déjà demandé à la propriétaire d’arrêter les saisies et travaillerait sur une demande de réquisition de l’immeuble. Le cabinet de Martin Hirsch serait en contact avec eux.

Avec la saisie de leur comptes bancaires, la situation des 8 squatteurs est encore plus précaire. Leur avocate se bat pour qu’ils puissent récupérer un minimum vital pour vivre chaque mois. Ils sont légalement expulsables à partir du 15 mars. L’affaire est loin d’être terminée, mais elle est déjà un symbole. Pour le quartier qui manque cruellement de logement sociaux, et pour les étudiants en général. Le Crous de Paris ne dispose que de 3669 chambres universitaires pour 306.000 étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur à Paris.

Dans une interview publiée dans Le Parisien le 12 mars, la ministre du logement Christine Boutin a promis l’arrêt des expulsions sans alternative de relogement pour les locataires.

Voir la photo sur Flickr.

Article et photo d’Hélène Franchineau.

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1 commentaire

Classé dans Société

Une réponse à “69 rue de Sèvres: chronique d’une galère pour huit étudiants

  1. Diffre

    Plutôt que de relever que j’étais effectivement en retard, ce qui ne présente pas grand intérêt, il eut peut être été plus opportun de développer les informations et précisions que j’ai pu donner une fois arrivée …Merci quand même vous porter l’écho de cette actualité.

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