Les spectateurs marathoniens du «Soulier de satin»

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13h devant le théâtre de l’Odéon , samedi. Samyra, étudiante en lettres modernes, remballe hâtivement son sandwich alors que résonne le clairon annonçant le début du spectacle. «Une pièce de 11 heures, c’est un défi!», lance-t-elle. Comme 800 autres spectateurs, elle s’apprête à assister au «Soulier de Satin», une pièce de Paul Claudel mise en scène par Olivier Py.

Hugo, qui l’accompagne, a amené de quoi se sustenter lors d’une des trois entractes. «Mais il faudra de toute façon acheter à manger pour le dîner: ça va durer jusqu’à minuit!» De l’autre côté de la colonnade, sur les marches du théâtre, Baptiste est un peu moins rassuré. Baggy et piercing à l’arcade, le jeune homme a suivi ici Sonia, sa petite amie, étudiante en cinéma et fan inconditionnelle d’Olivier Py: «Il a toujours un système de décors roulants magnifiques, j’adore le jeu des acteurs… Je suis fan de A à Z», s’enthousiasme Sonia entre deux gorgées de soda. Mais pourquoi choisir un spectacle-marathon pour initier son compagnon? « Une pièce de 11 heures c’est un peu comme partir en voyage, c’est la magie du théâtre, dit-elle. Mais c’est vrai que la méthode est radicale… » Parmi les spectateurs qui se pressent devant la billetterie, à l’intérieur du théâtre, il y a évidemment les grands amateurs de théâtre qui viennent assister à une performance. «C’est une pièce qui est rarement montée, explique Lydie Debièvre, du théâtre de l’Odéon. Là il s’agit d’une reprise de 2003 mais avant ça il fallait remonter à plus de vingt ans en arrière. » Jean-Paul et Dominique, un couple de Rennais sexagénaires, sont bien conscients du caractère exceptionnel de ce spectacle : «On n’est jamais allé au théâtre aussi longtemps, 6 heures maximum. Mais c’est une pièce qu’on ne reverra peut-être jamais», affirme Jean-Paul, béret vissé sur la tête et grande bouteille d’eau à la main.

Parmi les spectateurs qui se pressent, un peu moins, à l’intérieur du théâtre, il y a aussi ceux qui sont contraints. Célia, étudiante costumière au look rasta, se prépare à une plongée dans l’inconnu et n’est pas sûre de tenir la longueur: «On a eu des places avec l’école car chaque élève doit faire un exposé sur une scène de la pièce, dit-elle. J’ai eu de la chance, je dois travailler sur une des premières, après je pourrais toujours me sauver!» Le pire n’est jamais sûr… Quelques instantanés… à la première entracte.

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Célia, étudiante en BTS costumier

Les hauts-parleurs annoncent 15 minutes de pause avant trois nouvelles heures de spectacle. Les accros à la cigarette se pressent à l’extérieur. Nadia, rouge à lèvres aussi flamboyant que son panier à provisions, est éblouie par ce qu’elle vient de voir : « Je me sens très proche d’Olivier Py, dans l’épuisement mystique qu’il demande aux acteurs et aux spectateurs. » « Les décors sont à la fois majestueux et très transparents, renchérit Caroline, étudiante en histoire de l’art. On voit les ficelles et les personnes qui viennent les déplacer.» «Cela, plus le texte débité très vite et la musique exagérée créent une ambiance très sombre, assez grotesque», conclut Nadia.

Sur les marches, on grignote des chips, on avale un sandwich. A l’étage, l’atmosphère est plus feutrée, même si les assoiffés se bousculent autour du bar. En attendant son jus de fruits, une blondinette de 7 ans raconte en battant des mains : « C’est bien le théâtre, en plus on est dans une baignoire (sorte de loge, NDLR) mais sans se baigner ! »

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